Le Mystère de l'Eau
- Harmonin'spiration

- 23 janv. 2022
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Le symbolisme de l’eau : la materia prima, fondement divin de l’univers, essence divine.
L’eau, source de vie
Le Rig-Veda exalte les Eaux porteuses de vie, de force et de pureté.
« Vous, les Eaux, qui réconfortez,
apportez-nous la force,
la grandeur, la joie, la vision !
… Souveraines des merveilles,
Régentes des peuples, les Eaux !
… Vous les Eaux, donnez sa plénitude au remède,
afin qu’il soit une cuirasse pour mon corps,
et qu’ainsi je voie longtemps le soleil !
… Vous les Eaux, emportez ceci,
ce péché quel qu’il soit, que j’ai commis,
ce tort que j’ai fait à qui que ce soit,
ce serment mensonger que j’ai prêté. »
En Asie, l’eau est la forme substantielle de la manifestation, l’origine de la vie et l’élément de la régénération corporelle et spirituelle, le symbole de la fertilité et celui de la pureté, de la sagesse, de la grâce et de la vertu. L’eau est la materia prima, la Prakriti : « Tout était eau… » Brahmânda, l’œuf du monde, est couvé à la surface des Eaux. Dans la Genèse, le Souffle ou esprit de Dieu plane à surface des Eaux.
Pour les Chinois, l’eau est Wou-ki, le Sans Faîte, le chaos, l’indistinction première.
Les Eaux, totalité de potentielles manifestations, se divisent en Eaux supérieures et inférieures, dualité représentée par une double spirale.
La notion d’Eaux primordiales, d’océan des origines, est universelle.
Origine de la vie, la sève est l’eau que certaines allégories tantriques nomment le prâna : souffle vital. Don du ciel, l’eau est symbole de fécondité et de fertilité. Pour les montagnards du Sud-Viêtnam, l’eau est un remède et breuvage d’immortalité.
L’eau purificatrice
Purifications rituelles : de l’Islam au Japon, en passant par les anciens fou-chouei taoïstes (maîtres de l’eau consacrée), sans oublier l’aspersion d’eau bénite des chrétiens pour qui l’ablution est essentielle.
Dans l’Inde et le Sud-Est asiatique, l’ablution des statues saintes ainsi que des fidèles, lors du nouvel an, est symbole de purification et de régénération. L’eau rituelle des initiations tibétaines est le symbole des vœux, des engagements du postulant.
Pour Lao-tseu, l’eau est l’emblème de la Suprême Vertu (Tao, Ch. 8) « Elle n’a point de contestations »
L’eau le yin est opposée au feu le yang. Elle correspond au Nord, au froid, au solstice d’hiver, à la couleur noire, aux reins, trigramme K an, l’abyssal. Néanmoins, elle est aussi liée à la foudre chez les alchimistes chinois. Le mercure alchimique, qui est eau, est parfois qualifié d’eau ignée.
Dans le sacrement chrétien, on incorpore le feu du vin à l’élément passif qu’est l’eau. Ceci évoque la double nature divine et humaine de Jésus-Christ.
Dans le Tarot, le mélange de l’eau et du vin symbolise la Tempérance. Dans l’iconographie chrétienne, l’eau est purificatrice et efface l’empreinte du péché lors du baptême.
L’eau, symbole d’origine et de création
Le « men » (M) hébreu représente l’eau sensible : la mère et la matrice, source de toute chose, considérée comme une hiérophanie*.
L’eau est créatrice mais aussi destructrice, associée à l’idée de dissolution et de noyade. Par conséquent, l’eau est source de vie et de mort.
C’est dans l’eau de la mer que plonge chaque soir le soleil à l’Occident pour réchauffer le royaume des morts pendant la nuit ; d’où la relation entre l’eau et l’Au-delà. Les eaux souterraines sont associées au chaos originel, tandis que l’eau de pluie est considérée comme vivifiante et bienfaisante.
Dans la Bible, les puits et les sources dans le désert sont considérés comme des oasis, des centres de paix, de lumière, de joie, d’émerveillement, de rencontre. Le nomade serait condamné à la mort s’il ne trouvait sur sa route l’eau qu’il compare à la manne, car elle nourrit en le désaltérant.
La Palestine est un pays de torrents et de sources, Jérusalem est arrosé par les eaux paisibles de Siloë.
L’eau est l’objet de prière. L’hospitalité exige qu’une eau fraîche soit offerte au visiteur et que ses pieds soient lavés afin d’assurer la paix de son repos.
Tout l’Ancien Testament célèbre la magnificence de l’eau. « Yahvé est comme une pluie de printemps » (Osée, 6-3), « Le juste est semblable à l’arbre planté au bord des eaux courantes » (Nombres, 24-6)
« L’âme cherche son Dieu comme le cerf altéré cherche la présence de l’eau vive » (Psaumes, 42-2, 3) « De l’eau jaillira dans le désert… le pays de la soif se changera en sources » (Isaïe, 35-6,7)
Symbole de vie dans l’Ancien Testament, l’eau est devenue symbole de l’Esprit dans le Nouveau Testament. Jésus-Christ se révèle le Maître de l’eau vive avec la Samaritaine (Jean, 4-10) « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. »
Comme du rocher de Moïse, l’eau jaillit de son sein et, sur la croix, la lance fera couler de l’eau et du sang du côté ouvert de Jésus-Christ.
L’eau vive s’écoule du Père et se communique à l’humanité par le Fils et par le don du Saint-Esprit (Fontaine d’eau vive, fons vivus, feu d’amour, ignis caritas, don du Très-Haut, Altissimi donum Dei)
L’eau revêt un sens d’éternité, « car celui qui boit de cette eau vive participe déjà à la vie éternelle » (Jean, 4-13, 14)
Dans la symbolique des Eaux il y a la surface et la profondeur. La navigation ou l’errance en surface signifie une exposition aux dangers de la vie, ce que le mythe illustre par les monstres qui surgissent des profondeurs. La région sous-marine représente ainsi le subconscient. L’eau est le symbole des énergies inconscientes, des puissances informes de l’âme, des motivations secrètes.
" L’eau, cette enfant première, née de la fusion aérienne, ne peut renier son origine voluptueuse et, sur terre, elle se montre avec une céleste toute-puissance comme l’élément de l’amour et de l’union… Ce n’est pas à faux que les sages anciens ont cherché en elle l’origine des choses… et toutes nos sensations agréables ne sont, à la fin, que diverses manières d’écoulement en nous des mouvements de cette eau originelle qui est en nous. Le sommeil lui-même n’est rien d’autre que le flux de cette invisible mer universelle, et le réveil, le commencement de son reflux."
Novalis (1772-1801)
Cf. Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier & Alain Gheerbrant








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